Comment tout a commencé [part 4/fin]

Durarara!! – Their aspirations

1ère année de comptabilité
J’ai maintenant 18 ans alors que je me dirige vers mon nouvel établissement scolaire. Il ne fait pas très beau, le ciel est gris et le vent souffle. Je suis cependant prête à me dépasser dans mes études, je n’ai plus l’excuse du « les matières générales ne m’intéressent pas, je veux me spécialiser ». C’est libérateur. D’un côté je peux enfin m’habiller comme je le souhaite et de l’autre j’ai quitté les bancs du lycées. Adieu les maths devenues incompréhensibles et les contrôles de physique dont je ressortais en larmes. Je ne suis pas bête, je n’aime juste pas ces matières.

Je vois bien que je ne passe pas inaperçue avec ma tenue, et c’est tant mieux. Voyez comme je suis différente de vous, j’ose m’assumer. Je ne suis pas un mouton qui s’habille comme les mannequins des magazines où les gens qui passent à la tv. Vous ne reconnaissez pas me style ? On en voit pourtant beaucoup au Japon, il se nomme « Gothic Lolita » mignon n’est-ce pas ? Mais pas trop car je ne suis pas une fille lambda, j’aime le noir, je suis un peu torturée au fond et il faut que ça se voit.

Mais ma rébellion superficielle s’arrête là, je me mets quand même au premier rang. Je veux être bonne à l’école, comme on me l’a répété encore et encore. Et puis c’est pour maman, on ne se parle plus trop il est vrai mais je peux au moins lui offrir ça, de belles notes sur mes écrits, des compliments durant le conseil de classe, un rang élevé dans le classement.

C’est exactement ce qu’il s’est passé, je me retrouve 1ère sans vraiment avoir fourni de trop gros efforts. J’aime ces matières, la comptabilité, un peu de finance et surtout mon cours favori. Le SQL couplé à des travaux pratiques sur Excel. Tout ceci me paraît si simple, ça en est que plus jouissif lorsque je vois mes camarades galérer et pour certains me demander de l’aide. Je suis sur un petit nuage, me voilà différente au moins vestimentairement, avec l’allure d’une fille qui se fout de tout et pourtant 1ère de la classe, c’est parfait, tellement parfait !

Mais je rentre à la maison, pose rapidement mon sac dans ma chambre et allume le pc. En ce moment je suis sur Aion avec des amis, nous ne jouons qu’à 4 mais je m’amuse quand même. J’ai des fois l’impression que nous sommes supérieurs aux autres joueurs et puis très vite cette idée disparaît. Je suis même tombée amoureuse d’une de ces personnes avec qui je joue, cela fait maintenant plusieurs mois. Il est si différent lui aussi, si doué dans le jeu et en même temps pourvu d’un humour noir et cynique. Il me comprend, nous sommes pareils non ? Seulement cette relation ambigüe me fait autant de mal que de bien, elle permet de me garder dans un état de fille blessée, je vis quelque chose que vous ne pouvez pas comprendre. Ce n’est pas un amour d’été ou tout autre chose aussi futile et simple, non il s’agirait presque d’une correspondance avec un philosophe moderne, quelque chose de bien plus profond que ce que vous ne vivrez jamais.

Et me revoilà en cours, je sors les cartes Magic pour montrer à nouveau ma supériorité, mon monde si mystérieux. Seule une amie m’a comprise et se met à jouer avec moi, elle est si gentille et me soutient moralement. Telle une acolyte du personnage principal, je m’amuse avec elle, discutons de tout et de rien et rions des hommes si virils et sexy qui se trouvent dans nos livres du moment. Sauf que cette pseudo innocence ne durera pas.

2ème année de Comptabilité
Mes cheveux n’ont jamais été aussi noirs et longs, mais je les attache tout le temps. Il est devenu trop long et compliqué de les coiffer chaque jour, je me contente donc de les attacher en un chignon fragile.
Nouveaux cours, même routine. Je travaille en cours, fais mes devoirs en rentrant, apprend les leçons chaque soir et termine ma journée en compagnie de mes amis IG. J’essaye de faire avancer la relation ou recule si c’est lui qui souhaite la faire avancer. Le jeu du chat et de la souris n’aura jamais duré aussi longtemps.

Sauf que…

Pourquoi les cours sont-ils devenus si ennuyeux ? Pourquoi les profs ne m’intéressent plus ? D’où vient cette lassitude, cette fatigue ? Depuis quand je vais en cours à reculons ? Pourquoi est-ce que je souhaite m’éloigner de ces amis IG ? Qu’est-ce qu’il m’arrive ?

Mais ma camarade de classe a cette même impression, elle s’ennuie, se demande si elle ne devrait pas faire autre chose. Les notes qu’elle a finissent de la persuader de changer de voie. Les miennes même si elles ont diminuées restent des plus correctes mais l’envie n’y est plus. Cela fait bien longtemps maintenant que je ne suis plus première de la classe, je rêvasse en dessinant quelques gobelins par ci par là sur mes feuilles de cours. Les profs me voient sûrement mais pour la plupart ne disent rien. Nos discussions tournent de plus en plus sur ce que l’on souhaiterait faire mon amie et moi. Nous sommes en début d’année, il reste quelques mois encore pour APB.

Qu’est-ce que tu aimerais faire ? De la communication ? Moi j’aimerais me diriger vers quelque chose qui s’appelle SRC. Il faut faire 2 ans dans un IUT, ça couvre pas mal de métiers du numérique, notamment tout ce qui touche à l’infographie, au développement web mais aussi à la communication digitale. J’adore dessiner depuis toute petite, j’ai découvert le langage SQL en compta et je suis tombée amoureuse des algorithmes. On devrait peut-être tenter notre chance…

Les jours passent, nous finissons par nous lancer et quitter en fin de 2ème année nos études de comptabilité. Nos camarades nous posent plein de questions, comme si nous étions les héros d’une nouvelle aire. Est-ce si difficile d’oser quitter un cursus ? De se demander ce que nous aimerions réellement faire et d’en parler à ses parents ? À sa mère ? Ma mère…

J’aurais pu être une fille totalement différente avec cet évènement. En bien ou en mal je n’en sais rien, mais une fille différente il est certain.

Le stress ne se fait pas attendre lorsque j’annonce à ma mère que je souhaite quitter la compta pour commencer des études dans le numérique. Je me suis préparée, elle aime que l’on montre notre motivation lorsque nous prenons une décision. J’ai ici une feuille remplie de différents IUT avec les heures de transport pour y accéder. Minimum 1h30  de transport, je l’accepte. 3h par jour ce n’est pas grand chose quand on suit des cours qui nous motivent non ? Sauf que j’ai émis l’idée de partir dans une autre région de la France pour suivre ces études. Je pourrai rejoindre mes camarades IG d’Aion. Ils font justement cette même formation et se situent tous les 3 au même endroit. J’ai l’impression de rêver en pensant à cette possibilité, juste me rapprocher d’eux, de lui.

Sauf que ça fini en cris et en larmes, rien de bien impressionnant vu de l’extérieur. Une scène de film des plus banales, même pas une seule vaisselle brisée au sol. Sauf qu’en soi on se sent entrain d’étouffer, on manque d’air, les sons se meurent dans nos gorges.
Si je pars de la maison je ne reviendrai jamais, m’a-t-elle dit. Et ce n’est pas une plainte à mon égard, ce serait très mal connaître ma mère. Non, il s’agit ici d’une menace.

Quelques secondes de réflexions entre deux inspirations brusques et saccadées.

Je ne partirai pas de la maison. Mais elle a compris de son côté que j’étais malheureuse et que j’avais besoin de son soutien. Sauf qu’elle n’était pas en reste, combien d’années a-t-elle subit la pression liée aux changements de logement ? Le stress d’avoir un salaire de campagne alors que nous sommes aujourd’hui dans la capitale ? Les questionnements liés à si oui ou non nous pourrions acheter des yaourts cette semaine ?

Petit à petit le dialogue se réinstalle mais rien de très naturel.
Mon départ à l’IUT sous les regards des professeurs qui ne comprenaient pas pourquoi, une aussi bonne élève que moi allait se retrouver dans un établissement scolaire des plus moyens, oui, un IUT. Est-ce si nul que ça ? Vais-je obtenir un diplôme qui ne me permettra pas de bien gagner ma vie ?

Mais je continue d’avancer. L’IUT ouvre ses portes après 1h30 de transport. Je vais devoir me lever plus tôt le matin. J’aurais moins de temps pour m’amuser le soir aussi, tant pis. J’ai choisi ma voie pour une fois, enfin consciemment. En revanche espérer trouver des élèves geeks qui passent leur journées derrière un jeu vidéo était trop demandé. Je me rends compte qu’aujourd’hui les gens de mon âge passent plus de temps derrière facebook et youtube. Où sont mes LAN que je visualisais si bien dans chacun de mes rêves ? J’étais même prête à me mettre à Counter Strike. Autant dire que pour une joueuse d’Unreal Tournament ça me faisait mal aux fesses d’avouer ça. Mais non, rien, si ce n’est quelques parties de LoL en fin de 3ème année. Mais nous n’en sommes pas encore là.

Les années se succèdent aussi bien en cours qu’à la maison. Je tombe maintenant amoureuse de l’infographie après avoir été dégoûtée du réseau et du développement web.
J’ai aussi découvert le tout nouveau MMORPG Rift. Il restera mon préféré des années durant. Cependant pour me venger d’une relation amoureuse qui stagne et me fait toujours autant souffrir, je fuis sans mot dire sur ce nouveau jeu. Abandonnant lâchement mes amis d’Aion. Il finit par me retrouver mais je ne lui prête guère d’attention, étant toute excitée dans ce nouveau monde avec cette communauté des plus vivantes. Ce sera la dernière fois que je lui parlerai, il ne voudra plus jamais me revoir, même durant une partie d’un MOBA célèbre déjà cité plus haut. Cette prise de conscience se fera non pas sans pleurs et cris étouffés dans l’oreiller. Des années plus tard j’y repenserai, non plus comme une potentielle vie amoureuse gâchée mais plutôt comme des comportements d’enfants qui me donneront un sourire morose. C’est dommage tout de même, me répèterais-je.

Mais ma vie allait changer, avec l’achat d’un seul livre. Il m’a redonné confiance en moi et a tout simplement bouleversé ma vision du monde, eh oui rien que ça. Le fait est qu’après lecture de cet ouvrage qui aujourd’hui encore me fait frissonner de plaisir, j’ai pu reparler à ma mère normalement. Nous n’avons jamais été aussi complice. J’ai pu trouver ma voie puis la reperdre sans passer de mauvais moments. Je sais aujourd’hui que ma vie ne se fera pas sans expériences et apprentissages. Je pourrais appeler cela « échec » mais ce serait mal me connaître.

La vie est belle, derrière un pc ou non. On ne manque pas une occasion de rire avec ses amis, IG ou non. Et tout le monde peut changer, adolescente tristement mégalomane ou non.

 

 

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